Dans un usage courant d’agent de code, la source de vérité est l’historique de conversation : ce que vous avez dit dans les vingt derniers messages. Cet historique est volatil, non versionné, illisible par un pair, et il disparaît à la fermeture de la session. Le spec-driven development consiste à sortir cette information de la conversation pour la poser dans un fichier structuré, versionné avec le code. Martin Fowler en propose une définition de travail et trois intensités : spec-first (on écrit la spec avant de générer), spec-anchored (on la maintient dans le temps pour guider l’évolution), spec-as-source (le fichier de spec est le seul artefact maintenu, le code étant régénéré avec des en-têtes du type « GENERATED FROM SPEC, DO NOT EDIT »). En équipe, presque tout le monde s’arrête au niveau intermédiaire.
L’origine de la vague est une réaction au vibe coding. Brian Madison, Senior Engineering Manager chez Extend et créateur de BMAD, résume dans son entretien au Tech Lead Journal les trois manques du prompting improvisé : pas de plan, pas de contexte, pas de prompting discipliné. Sa thèse, tirée d’une année d’expérimentations, est que le vibe coding atteint un plafond fiable, où les gains initiaux sont annulés par la dette technique. La réponse de BMAD est un pipeline complet (brief, PRD, architecture, UX, epics, stories) avant toute génération de code, avec des agents à rôles et des artefacts versionnés dans le dossier docs du repo.
Le mouvement s’est ensuite structuré sous quatre formes distinctes. GitHub Spec Kit opère au niveau de la feature, avec une constitution de projet et cinq phases. OpenSpec, maintenu par Fission AI, opère au niveau du changement, avec des delta specs qui décrivent uniquement ce qui est ajouté, modifié ou retiré. Agent OS ne simule aucune équipe et empile trois couches de contexte (standards de code, produit, spec en cours). Et sous tout cela, AGENTS.md s’est imposé comme le standard de facto du fichier de contexte pour agents, avec plus de 60 000 projets open source et une cession à la Linux Foundation fin 2025.
Un mot sur les chiffres d’adoption, parce qu’ils circulent beaucoup et disent peu. Au 11 juin 2026, les mesures de Ry Walker donnent Spec Kit à 111 000 étoiles (v0.10.2, plus de 30 agents supportés), OpenSpec à environ 54 000 (v1.4.1 du 3 juin) et BMAD à environ 49 000 (v6.8.0 du 25 mai). Six semaines plus tôt, notre veille relevait 87 500, 39 500 et 44 400. Une étoile mesure une intention de regarder, pas un usage en équipe, encore moins une rétention à six mois. Tout ce qui suit s’appuie sur des mesures d’usage, pas sur ce classement.