C'est la nouveauté qui manquait au printemps. Le rapport ROI of AI-Assisted Software Development, produit par l'équipe DORA de Google Cloud avec sa practice delta et couvert par InfoQ le 11 mai 2026, pose un modèle chiffré public. Sur une organisation type de 500 développeurs à 176 000 $ de salaire annuel moyen, il modélise 8,4 M$ d'investissement en première année (licences, mais aussi apprentissage, adaptation des processus, accompagnement) contre 11,6 M$ de valeur générée : 39 % de ROI la première année, un point mort atteint autour du huitième mois, et un retour de 727 % sur trois ans dans le scénario Google Cloud.
Deux enseignements de méthode valent plus que ces chiffres, qu'il ne faut surtout pas transposer tels quels. Le premier est la courbe en J : la productivité baisse avant de monter, le temps que les équipes apprennent l'outil, apprennent à vérifier le code généré et adaptent leurs processus. Une DSI qui mesure à trois mois et coupe le budget mesure le creux, pas le résultat. Le second est la thèse centrale, cohérente avec le DORA 2025 : le rendement vient du système organisationnel, la qualité de la plateforme interne et la clarté des workflows, pas de l'outil lui-même.
Pour le calcul, on garde une structure simple. Au numérateur, trois familles : le temps libéré converti en coût évité (heures économisées multipliées par le coût horaire chargé), les erreurs évitées converties en coût de non-qualité évité, et la valeur d'opportunité des heures réaffectées à des tâches à plus fort rendement. Au dénominateur, le TCO complet et pas seulement les licences, et c'est là que le dossier jumeau sur le coût sert de garde-fou. Le Stanford AI Spend Index situe la médiane à 86 $ par développeur et par mois sur les seuls outils de code, avec un quartile supérieur au-delà de 195 $, et l'enquête DX auprès de 275 responsables budget pose 1 000 $ par développeur et par an comme cible réaliste pour 2026. Ajoutez la formation, l'administration et la surcharge de revue, et le dénominateur double sans effort.
Ordre de grandeur pour se situer, à manier avec prudence : les analyses de terrain situent un ROI sain entre 2,5 et 3,5 fois en moyenne, et entre 4 et 6 fois pour le quartile supérieur, à condition que le dénominateur inclue les coûts réels d'usage et pas seulement les sièges. En France, la difficulté est d'abord de savoir : Deloitte mesure que 18 % des entreprises françaises constatent déjà un ROI, avec un délai moyen de 2 à 4 ans par cas d'usage, très au-delà des 7 à 12 mois habituels des technologies classiques. Et l'étude Deloitte State of AI confirme que la contrainte numéro un reste le manque de compétences, pas la technologie.