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Toolbox IA · Carnet de recherche

Comment savoir si l'IA rend vos équipes IT plus productives ?

C'est notre lecture : une large majorité de développeurs pense gagner du temps avec l'IA, mais les mesures rigoureuses donnent des résultats bien plus incertains, et ce qui s'accélère se paie souvent plus loin. Ce carnet rassemble les enquêtes, la télémétrie et l'essai contrôlé, ce que les métriques DORA ne voient plus, un modèle public de calcul du retour, et la façon de poser une mesure qui tienne.

Publié le 24 mai 2026 · mis à jour le 17 octobre 2026
L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

01

Une large majorité pense gagner du temps

Dans l'enquête DORA 2025, auprès de près de 5 000 professionnels, 90 % utilisent l'IA au travail et plus de 80 % pensent qu'elle les a rendus plus productifs.

02

Un essai contrôlé a mesuré l'inverse

Chez METR, seize développeurs expérimentés ont mis 19 % de temps en plus avec l'IA, alors qu'ils croyaient avoir gagné 20 %. Sa suite de 2026 trouve un gain, que METR juge lui-même peu fiable.

03

L'IA amplifie l'organisation qu'elle trouve, selon DORA

Une équipe qui a une bonne plateforme interne et des circuits de travail clairs convertit mieux ses gains, d'après l'enquête de DORA. Faros conteste : dans sa télémétrie, les organisations les plus solides en ingénierie voient la même baisse de qualité.

04

Le travail s'accumule en relecture

Dans la télémétrie de Faros, éditeur d'un outil de mesure, le temps de relecture d'une pull request augmente de 441 % à la médiane entre les trimestres de plus faible et de plus forte adoption de l'IA.

05

Le temps consacré aux nouveautés ne bouge pas

Chez les clients de DX, plus de la moitié du code est écrite par l'IA, et la part du temps consacrée aux fonctionnalités nouvelles ne bouge pas.

06

Le modèle public de retour le plus détaillé que nous ayons trouvé repose sur une hypothèse de temps gagné

Le modèle de DORA et de Google Cloud aboutit à 39 % de retour la première année, en supposant 12,5 % de temps gagné : précisément ce qu'on sait mal mesurer.

07

La preuve commence avant le déploiement

Une mesure de départ datée, la part de code écrite par l'IA, quelques indicateurs de qualité, un coût complet au dénominateur et quelqu'un qui décide quand un chiffre dérape.

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L'IA rend-elle les équipes IT plus productives ?

Une large majorité le pense : selon DORA, plus de 80 % des professionnels du logiciel pensent que l'IA les a rendus plus productifs. Les essais contrôlés divergent : 19 % de temps en plus chez METR, 26 % de pull requests en plus dans le plus grand essai mené en entreprise, avec de larges marges d'erreur.

La question n'est plus de savoir si les équipes IT se servent de l'IA. Le rapport DORA 2025, l'enquête annuelle de Google Cloud sur la performance des équipes logicielles, a interrogé près de 5 000 professionnels : 90 % utilisent l'IA au travail, contre environ 76 % un an plus tôt, et plus de 80 % pensent qu'elle a augmenté leur productivité. Reste à savoir ce que ces gains deviennent à l'échelle d'une DSI, et comment le montrer à un comité qui a déjà signé le budget.

Trois familles de preuves circulent, et elles ne disent pas la même chose :

  • Le déclaratif : on demande aux développeurs s'ils se sentent plus productifs. C'est la mesure la plus répandue et la moins fiable.
  • La télémétrie : on lit ce qu'enregistrent les outils (tickets, pull requests, incidents). Elle compte l'activité plutôt que la valeur, et vient souvent d'éditeurs qui vendent cette mesure.
  • L'essai contrôlé : on tire au sort les tâches ou les personnes qui travaillent avec ou sans IA, puis on compare. C'est la plus rigoureuse, et la plus rare.

Ce carnet les trie, parce que la crédibilité d'un dossier d'investissement se joue là. Il se lit avec notre carnet sur le coût de l'IA : celui-là traite de ce que l'IA coûte, celui-ci de ce qu'elle rapporte.

Schéma des trois niveaux de preuve sur un même axe de gain de productivité : en haut le déclaratif (DORA 2025, près de 5 000 professionnels, plus de 80 % perçoivent un gain), au milieu la télémétrie (Faros AI 2025, plus de 10 000 développeurs, 21 % de tâches terminées en plus), en bas et en négatif l'essai randomisé (METR 2025, 16 développeurs, 246 tâches, 19 % de temps en plus). En bas, la légende : trois méthodes, trois mesures, une opinion, un volume de tâches, un temps passé.
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Les développeurs vont-ils plus vite avec l'IA ?

Pas forcément. Dans l'essai contrôlé de METR, des développeurs expérimentés ont mis 19 % de temps en plus avec l'IA, alors qu'ils croyaient avoir gagné 20 %. D'autres études trouvent des gains, sur des tâches artificielles ou en comptant le volume produit, les chiffres d'éditeurs divergent entre eux, et les développeurs eux-mêmes deviennent plus prudents.

L'essai de METR

L'étude qui a le plus déplacé le débat vient de METR, un laboratoire indépendant d'évaluation des modèles d'IA. Seize développeurs expérimentés de logiciels libres ont traité 246 tâches réelles sur des projets auxquels ils contribuaient depuis des années ; pour chaque tâche, l'IA était autorisée ou non par tirage au sort, et chacun déclarait son temps en enregistrant son écran. Avec l'IA, ils ont mis 19 % de temps en plus. Le papier complet est public.

39 pointsd'écart entre le ressenti et la mesure dans l'essai de METR : les développeurs attendaient 24 % de gain, croyaient après coup en avoir eu 20 %, et avaient été 19 % plus lents.

METR pose lui-même les limites : un petit échantillon, des développeurs qui connaissent leur code par cœur et travaillent avec des exigences élevées, des modèles du début 2025. Sa suite de février 2026 (57 développeurs, plus de 800 tâches) trouve un temps réduit de 18 % pour les anciens participants et de 4 % pour les nouveaux, avec des marges d'erreur qui vont jusqu'au ralentissement.

METR juge ce nouveau signal peu fiable : 30 à 50 % des développeurs écartaient les tâches qu'ils ne voulaient pas faire sans IA, ce qui sous-estime probablement le gain. Il change donc de protocole.

D'autres études recensées par METR trouvent des gains de 21 à 65 % : elles portent sur des tâches artificielles, ou comptent le volume produit plutôt que le temps passé. Le plus grand essai contrôlé en entreprise, mené chez Microsoft, Accenture et un industriel du Fortune 100 sur 4 867 développeurs, trouve 26 % de pull requests en plus par semaine chez ceux qui se servent de l'outil (Copilot en complétion de code, 2022-2023), avec une forte marge d'erreur (Cui et al.).

Ce que nous en retenons : le ressenti des développeurs, même experts, ne suffit pas à mesurer un gain, et la mesure rigoureuse devient difficile à tenir quand une partie des développeurs ne veut plus travailler sans IA.

Ce que mesurent les éditeurs et les enquêtes

Les chiffres qui circulent mesurent souvent autre chose que ce qu'on leur fait dire :

  • GitHub annonce depuis 2022 des développeurs 55 % plus rapides avec Copilot. Le chiffre vient d'une expérience de GitHub avec Microsoft : 95 développeurs, une seule tâche, écrire un petit serveur web.
  • Uplevel, éditeur d'un outil de mesure, a suivi près de 800 développeurs sur deux périodes de trois mois en 2023 et 2024 : l'accès à Copilot n'améliore pas de façon utile le temps de cycle des pull requests, et le taux de bugs augmente de 41 % (CIO Online). C'est une observation, sans preuve de cause.
  • Capgemini rapporte que 49 % des dirigeants d'organisations qui pilotent ou déploient l'IA générative en ingénierie logicielle citent une meilleure qualité du logiciel (enquête d'avril 2024, 412 dirigeants). C'est une opinion.
  • GitClear, éditeur d'outils d'analyse du code, projetait en janvier 2024, sur 153 millions de lignes, que la part du code réécrit ou supprimé moins de deux semaines après son écriture doublerait en 2024 par rapport à 2021.

Ces sources ne mesurent pas la même chose : une opinion, l'historique d'un dépôt de code, le temps passé sur une seule tâche. Elles se contredisent donc moins qu'il n'y paraît.

Les développeurs eux-mêmes deviennent plus prudents. Dans l'enquête 2025 de Stack Overflow (plus de 49 000 réponses), 60 % ont un avis favorable sur les outils d'IA, contre 72 % en 2024 ; 46 % se méfient de l'exactitude de leurs réponses, quand 33 % leur font confiance, et 66 % citent comme première frustration des solutions « presque justes, mais pas tout à fait ».

Graphique de METR à cinq points comparant les prévisions et le résultat de l'essai randomisé sur 16 développeurs et 246 tâches : les experts en économie prévoyaient environ 39 % d'accélération, les experts en apprentissage automatique environ 38 %, les développeurs environ 24 % avant chaque tâche et environ 20 % après l'étude, tous du côté de l'accélération, alors que le résultat observé est un ralentissement d'environ 19 %, avec ses barres d'incertitude
Les points verts sont des prévisions, et l'estimation faite après coup par les développeurs ; le point rouge est le résultat. Même après avoir été ralentis, les développeurs se croyaient plus rapides. Figure : METR
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Pourquoi les gains de vitesse se paient-ils plus loin ?

Notre lecture : l'IA accélère l'écriture du code, et le travail s'accumule plus loin, en relecture, en bugs, en incidents. DORA y voit un amplificateur de l'organisation qu'elle trouve ; Faros constate la même baisse de qualité chez les plus solides en ingénierie. Chez DX, la part du temps consacrée aux nouveautés ne bouge pas.

L'IA amplifie ce qui existe

Le rapport DORA 2025 en propose une explication : l'IA est un amplificateur. Dans ses données, l'adoption de l'IA va de pair avec un débit de livraison plus élevé et à une meilleure performance des équipes et de l'organisation, mais aussi à plus d'instabilité. Le rapport distingue sept profils d'équipes, des équipes performantes et sereines à celles qui se débattent avec un vieux système. Selon DORA, une équipe qui a une plateforme interne de qualité et des circuits de travail clairs convertit mieux ses gains ; les autres accélèrent par endroits.

« Le meilleur retour ne vient pas des outils d'IA eux-mêmes, mais d'une attention stratégique portée à la qualité des plateformes internes, à la clarté des circuits de travail et à l'alignement des équipes. »
Équipe DORA, annonce du rapport 2025 (traduit de l'anglais)

Le rapport consacre un chapitre au flux de valeur (le chemin d'une demande jusqu'à sa mise en service) : sans cette vue d'ensemble, l'accélération locale est absorbée par les goulots en aval. Steve Pereira, sur le site du Lean Enterprise Institute, en tire la même leçon. Ce sont des associations tirées d'une enquête : DORA ne mesure pas de cause.

Le goulot passe à la relecture

Faros AI, éditeur d'un outil de mesure des équipes de développement, lit la télémétrie de ses clients. Son rapport 2025, sur plus de 10 000 développeurs et 1 255 équipes, trouvait que les équipes qui utilisent beaucoup l'IA terminent 21 % de tâches en plus et fusionnent 98 % de pull requests en plus, mais que le temps de relecture augmente de 91 %, et aucun effet mesurable au niveau de l'entreprise.

Son rapport d'avril 2026, intitulé « The Acceleration Whiplash » (le contrecoup de l'accélération), porte sur 22 000 développeurs et plus de 4 000 équipes. Il compare, pour chaque équipe, ses trimestres de plus faible et de plus forte adoption de l'IA :

  • les tâches terminées par développeur augmentent de 34 % et la taille moyenne des pull requests de 51 % ;
  • le temps passé en relecture d'une pull request augmente de 441 % à la médiane, et 31 % de pull requests de plus sont fusionnées sans aucune relecture ;
  • les bugs par développeur augmentent de 54 %, et les incidents rapportés aux pull requests de 243 %.

Faros se présente comme un contrepoint direct à DORA : dans sa télémétrie, les organisations qui avaient de solides pratiques d'ingénierie avant l'IA subissent la même baisse de qualité que les autres. DORA s'appuie sur une enquête, Faros sur les données de ses clients ; le débat reste ouvert.

Ces chiffres reposent sur des corrélations, même si Faros les commente parfois comme des causes, et ses rapports de 2025 et de 2026 portent sur des échantillons différents. Notre lecture : le code s'écrit plus vite, et le travail se reporte sur la relecture. DORA notait déjà dans son rapport 2024 que 25 % d'adoption de l'IA en plus allaient de pair avec un débit de livraison estimé 1,5 % plus bas et une stabilité 7,2 % plus basse. En 2025, le lien avec le débit devient positif ; celui avec l'instabilité demeure.

Le temps gagné ne devient pas de l'innovation

Le rapport trimestriel de DX, éditeur d'une plateforme de mesure de l'expérience des développeurs (22 juillet 2026, plus de 500 organisations), va dans le même sens :

  • la part du code écrite par l'IA passe de 34 % à 52 % entre le premier et le deuxième trimestre 2026 ;
  • la taille médiane des pull requests a presque doublé ;
  • l'indice d'expérience des développeurs de DX recule de 67 à 65 sur quatre trimestres, et la confiance des développeurs dans leurs modifications baisse de 6,1 % en un trimestre ;
  • les utilisateurs de l'IA gagneraient 4 à 6 heures par semaine, selon une estimation dont DX ne publie pas la méthode, et la part du temps consacrée aux fonctionnalités nouvelles ne bouge pas.

Le temps gagné existe peut-être, mais la part du temps consacrée aux nouveautés ne bouge pas. Notre lecture rejoint celle de DORA : sans travail sur le flux de valeur, la vitesse locale ne devient pas une performance de l'équipe.

Schéma du contrecoup de l'accélération en trois colonnes. La production monte (Faros 2026) : 33,7 % de tâches en plus par développeur, 66,2 % d'epics en plus, et 4 à 6 heures gagnées par semaine selon une estimation de DX. Le goulot se déplace vers la relecture humaine : 441 % de temps de relecture en plus à la médiane, pull requests 51,3 % plus grosses, 31,3 % de pull requests en plus fusionnées sans aucune relecture. La qualité baisse : 54 % de bugs en plus par développeur, 242,7 % d'incidents en plus par pull request, et un temps consacré aux nouveautés stable selon DX. Les chiffres de Faros comparent les trimestres de plus faible et de plus forte adoption de chaque équipe. En bas, deux lectures : selon DORA, l'IA amplifie l'organisation qu'elle trouve ; selon Faros, la qualité baisse aussi chez les plus solides en ingénierie.
Panneau de résultats du rapport 2026 de Faros AI, télémétrie de 22 000 développeurs, en deux moitiés : en haut la production qui monte (66,2 % d'epics terminées en plus par développeur, 33,7 % de tâches en plus, 16,2 % de taux de fusion des pull requests en plus, et un churn de code, rapport entre lignes supprimées et lignes ajoutées, en hausse de 861 %), en bas la qualité en production qui se dégrade (242,7 % d'incidents en plus par pull request, 57,9 % d'incidents mensuels en plus, 54 % de bugs en plus par développeur contre 9 % dans le rapport 2025, 28,7 % de bugs en plus par pull request)
La même télémétrie montre les deux moitiés de l'histoire : la production monte, la qualité en production se dégrade. Faros range le churn parmi la production, tout en précisant qu'il peut aussi venir de refontes utiles, et prévient que la comparaison de ses deux rapports indique une direction, sans valoir tendance d'une année sur l'autre. Figure : Faros AI
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Les métriques DORA suffisent-elles à mesurer l'impact de l'IA ?

Non. Elles restent le cadre commun, mais sans la part de code écrite par l'IA elles se lisent mal : la fréquence de déploiement peut monter sans que l'utilisateur reçoive rien de neuf, et un délai stable peut cacher une relecture qui s'allonge. Il faut leur ajouter quelques indicateurs.

Les métriques DORA mesurent la performance de livraison d'une équipe logicielle : la fréquence de déploiement, le délai entre une modification et sa mise en service, la part de mises en service qui échouent, le temps de rétablissement après un échec et, depuis 2024, la part de déploiements non planifiés faits pour corriger un problème en production (le Rework Rate).

Où en sont les équipes

Les réponses à l'enquête DORA 2025 donnent des repères :

  • 16 % des répondants déploient à la demande, quand près d'un quart déploient une fois par mois ou moins ;
  • 9 % livrent une modification en moins d'une heure, quand 43,5 % mettent plus d'une semaine ;
  • 8,5 % ont moins de 2 % de mises en service qui échouent ;
  • 21 % se rétablissent en moins d'une heure.

DORA rappelle que la comparaison la plus utile reste celle d'un même service avec lui-même dans le temps. Rachel Stephens, de RedMonk, en propose une relecture critique : pour elle, la stabilité reste la métrique qui compte.

Ce que l'IA brouille

Selon Larridin, éditeur d'une plateforme de mesure de l'IA, ces métriques restent utiles mais se lisent mal sans une information de plus, la part de code écrite par l'IA :

  • la fréquence de déploiement peut monter quand l'IA produit du code de routine et des tests, sans que l'utilisateur reçoive rien de neuf ;
  • le délai de livraison s'améliore sur l'écriture pendant que la relecture s'allonge : le chiffre global bouge peu et cache un déplacement du travail ;
  • le taux d'échec des mises en service ne voit pas le code qui passe les tests puis se fait réécrire trois semaines plus tard ;
  • un temps de rétablissement stable avec trois fois plus d'incidents reste un mauvais résultat.

Les indicateurs à ajouter

Larridin propose d'ajouter aux métriques DORA quatre indicateurs, que nous reprenons dans cet ordre :

  1. la part de code écrite par l'IA (AI Code Share), sans laquelle rien d'autre ne se lit ;
  2. la durabilité du code (Code Turnover Rate) : la part du code qui tient 14 ou 30 jours sans être réécrite, ce que le taux d'échec laisse passer ;
  3. le débit pondéré par la difficulté (Complexity-Adjusted Throughput), qui évite de compter le code de routine comme un progrès ;
  4. la part du temps consacrée aux nouveautés (Innovation Rate), que DX vient de chiffrer.

Nous y ajoutons deux indicateurs que les données de Faros rendent nécessaires : le temps médian de relecture des pull requests, qui détecte l'engorgement, et le nombre d'incidents suivi à part du temps de rétablissement, que Larridin recommande aussi. Oobeya, un autre éditeur, retient lui aussi la part de code écrite par l'IA.

Un tableau de bord qui tient

Pour une DSI, nous recommandons un tableau de bord en trois blocs : les métriques DORA suivies dans le temps, avec les repères du secteur pour se situer, les indicateurs propres à l'IA, et un bloc valeur (coût unitaire de traitement, taux d'automatisation, satisfaction des équipes, retour cumulé). Cinq à sept indicateurs, revus chaque mois, avec un responsable nommé pour chacun.

Matrice des métriques DORA face à l'IA en cinq lignes. Fréquence de déploiement et délai de livraison marqués trompeurs, taux d'échec des mises en service partiel, temps de rétablissement valide, selon la lecture de Larridin ; Rework Rate à suivre, selon notre lecture. En regard, les indicateurs à ajouter : part de code écrite par l'IA, part du temps consacrée aux nouveautés, temps médian de relecture, débit pondéré par la difficulté, durabilité du code à 14 ou 30 jours, nombre d'incidents distinct du temps de rétablissement, avec le repère de Faros 2026 (242,7 % d'incidents en plus par pull request). En haut, les repères DORA 2025 ; en bas, cinq à sept indicateurs, une revue mensuelle et un responsable par indicateur.
Répartition des réponses de l'enquête DORA 2025 sur la fréquence de déploiement en six niveaux, du moins d'une fois par semestre (3,6 % des répondants) au déploiement à la demande plusieurs fois par jour (16,2 %), avec la part de chaque niveau et le pourcentage cumulé : 20,3 % entre une fois par mois et une fois par semestre, 31,5 % entre une fois par semaine et une fois par mois, 21,9 % entre une fois par jour et une fois par semaine, 6,5 % entre une fois par heure et une fois par jour
Des repères à afficher avant toute discussion d'objectif : 16,2 % des répondants déploient à la demande, et près d'un quart une fois par mois ou moins. Figure : DORA, rapport 2025
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Comment calculer le retour sur investissement de l'IA pour une équipe de développement ?

En partant d'un modèle simple : au numérateur, le temps libéré, compté une seule fois, et les pannes évitées ou ajoutées ; au dénominateur, le coût complet. Le modèle public le plus détaillé que nous ayons trouvé, celui de DORA et de Google Cloud, aboutit à 39 % de retour la première année, en supposant 12,5 % de temps gagné.

Le modèle de DORA

Le rapport ROI of AI-assisted Software Development, publié en 2026 par l'équipe DORA et delta, la pratique de conseil de Google Cloud, et présenté par InfoQ le 11 mai 2026, propose un calcul d'exemple. Ses auteurs le présentent comme une estimation très incertaine, faite pour lancer la discussion.

Pour une organisation de 500 personnes du cycle logiciel, à 176 000 dollars de coût complet par personne et par an :

  • l'investissement de la première année atteint 8,4 millions de dollars, dont 4,8 millions de formation (9 600 dollars par personne, quand la licence en coûte 250) et 3,3 millions pour le creux de productivité du démarrage (15 % de moins pendant trois mois) ;
  • la valeur atteint 11,6 millions, dont 11 millions de temps réinvesti, calculé sur une hypothèse de 12,5 % de temps net gagné, soit une heure par jour ;
  • le retour est de 39 % la première année, et l'investissement est remboursé en 0,7 an, environ huit mois.

Deux enseignements de méthode valent plus que ces montants, qu'il ne faut pas transposer. Le premier est la courbe en J : la productivité baisse avant de monter, le temps que les équipes apprennent l'outil, apprennent à vérifier le code généré et adaptent leurs processus. Une DSI qui mesure à trois mois et coupe le budget mesure le creux. Le second : dans ce modèle, presque toute la valeur repose sur le temps gagné supposé, précisément ce que METR montre difficile à mesurer.

Numérateur et dénominateur

Pour le calcul, nous gardons une structure simple :

  • au numérateur, le temps libéré, compté une seule fois : soit en coût évité (heures gagnées multipliées par le coût horaire chargé), soit en valeur de ce que ces heures produisent ailleurs ; plus les erreurs et les pannes évitées, ou moins celles que l'IA ajoute (le modèle de DORA retire 344 000 dollars de pannes en plus) ;
  • au dénominateur, le coût complet : licences, consommation, formation, administration et surcharge de relecture. Notre carnet sur le coût de l'IA sert ici de garde-fou.

Pour situer le dénominateur : dans un sondage de DX auprès de 50 responsables budget (octobre 2025), 1 000 dollars par développeur et par an revenait comme cible pour 2026 dans beaucoup d'entreprises ; dans un autre sondage cité par DX, auprès de 275 responsables techniques, un sur dix dépensait déjà davantage en 2025. Le modèle de DORA rappelle que la formation peut peser bien plus lourd que les licences.

Un retour qui se fait attendre

En France, Deloitte trouve que 18 % des entreprises constatent déjà un retour sur investissement de l'IA générative (enquête de 2025 auprès de 1 854 dirigeants d'Europe et du Moyen-Orient, dont 249 en France). La plupart des répondants comptent deux à quatre ans pour qu'un cas d'usage rapporte, quand on attend d'habitude sept à douze mois d'une technologie.

Courbe en J illustrative du retour de l'IA en ingénierie : la productivité baisse pendant la phase d'apprentissage, de vérification du code généré et d'adaptation des processus, passe sous zéro les premiers mois, franchit le point mort vers le huitième mois, puis remonte jusqu'à 39 % de retour en fin de première année. Repères du modèle de DORA (2026) : 500 personnes, 176 000 dollars de coût complet par an, 8,4 millions de dollars investis la première année, 11,6 millions de valeur estimée. Une mesure faite au troisième mois ne capte que le creux. Le rapport ne donne pas de courbe mois par mois : le tracé est le nôtre.
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Comment prouver ce retour devant une direction financière ?

En posant la mesure avant de déployer : un point de départ daté, quelques indicateurs suivis, quelqu'un qui décide quand ils dérapent. C'est notre recommandation, car aucune étude solide ne compare les organisations qui y parviennent aux autres. La pression, elle, monte, selon des DSI sondés pour un vendeur de plateforme d'IA.

La pression vient des directions financières et des conseils d'administration. Dans un sondage de Dataiku avec Harris Poll auprès de 600 DSI dans le monde, 98 % disent que la pression de leur conseil d'administration pour démontrer un retour mesurable de l'IA a augmenté depuis 2024, et moins de quatre sur dix savent relier la moitié ou plus de leurs projets d'IA à des économies ou à des revenus mesurables. Dataiku vend une plateforme d'IA.

98 %des 600 DSI interrogés par Harris Poll pour Dataiku disent que la pression de leur conseil d'administration pour démontrer un retour mesurable de l'IA a augmenté depuis 2024.

La formation fait partie du calcul

Dans un sondage de YouGov pour DataCamp, un vendeur de formation, auprès de plus de 500 dirigeants américains et britanniques, 21 % font état d'un retour significatif de l'IA, et 42 % quand leur organisation a un programme mature de montée en compétences. C'est une corrélation déclarée, qui ne prouve aucune cause. L'étude mondiale de Deloitte (3 235 dirigeants) voit aussi le manque de compétences comme le premier frein à l'intégration de l'IA.

Croisés avec la thèse de DORA (l'IA amplifie l'existant) et avec la courbe en J (le creux d'apprentissage se paie de toute façon), ces signaux vont dans le même sens. Nous en tirons que la formation se budgète avec l'outil, dès le départ.

Quatre pièges à éviter

Ils se repèrent avant le déploiement :

  1. Ne pas mesurer avant de déployer : sans quelques semaines de mesure de départ sur les indicateurs visés, aucun progrès ne se démontre, il ne reste que des opinions.
  2. Lancer l'IA en même temps qu'une autre transformation : on ne sait plus à quoi attribuer ce qui change.
  3. Mesurer trop tard, quand la trajectoire ne se corrige plus ; avec la courbe en J, une mesure à trois mois tombe dans le creux.
  4. Mesurer sans décider : un tableau de bord que personne n'est chargé d'actionner coûte sans servir.

Notre pari : pour l'exercice budgétaire 2027, les DSI les mieux placées auront une mesure de départ datée, cinq à sept indicateurs suivis, un coût complet au dénominateur, et l'honnêteté de dire ce qu'elles ne savent pas encore mesurer.

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Que ne sait-on pas encore ?

Ce que l'IA rapporte vraiment à une organisation entière, mesuré de façon indépendante ; ce que donne la mesure rigoureuse avec les outils de 2026 ; où passe le temps gagné ; et presque tout ce qui concerne la France.

  • Aucun essai contrôlé ne porte sur une DSI entière. METR mesure des tâches ; les essais de Cui et al. tirent au sort des développeurs ou des équipes pendant deux à huit mois et comptent leurs pull requests ; Faros et DX lisent la télémétrie de leurs clients. Personne n'a suivi pendant un an ce que livre une DSI entière.
  • La mesure rigoureuse devient plus difficile. METR dit ne pas pouvoir se fier à sa suite de 2026, parce qu'une partie des développeurs refuse désormais de travailler sans IA.
  • Le retour sur investissement reste modélisé. Le calcul public le plus détaillé que nous ayons trouvé, celui de DORA, repose sur une hypothèse de temps gagné ; les retours chiffrés publiés en entreprise viennent d'études commandées par les éditeurs, et nous n'avons pas trouvé de mesure indépendante.
  • On ne sait pas où passe le temps gagné. DX constate que la part du temps consacrée aux nouveautés ne bouge pas ; aucune source ne dit à quoi servent les heures libérées.
  • La France est peu mesurée. Les chiffres français les plus repris sur la mesure de l'IA ne tiennent pas (voir les précautions), et les études de télémétrie ne disent pas d'où viennent leurs clients.
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Quelles précautions pour lire ces chiffres ?

Distinguer l'enquête, la télémétrie d'éditeur et l'essai contrôlé, dater chaque chiffre, et ne pas lire deux rapports d'un même éditeur comme une tendance d'une année sur l'autre.

  • Une bonne partie des chiffres de ce carnet viennent d'éditeurs qui vendent la mesure qu'ils publient : Faros, DX, Larridin, Oobeya, Uplevel, GitClear, et GitHub pour Copilot. Ils mesurent leurs clients, qui ne représentent pas tout le marché. Le rapport de DORA sur le retour est cosigné par delta, le conseil de Google Cloud, et les essais de Cui et al. ont été menés par Microsoft, Accenture et un industriel dans le cadre de leur activité.
  • DORA, Stack Overflow, Capgemini, DataCamp, Dataiku et Deloitte rapportent ce que les gens déclarent. Le sondage de DataCamp est commandé par un vendeur de formation, celui de Dataiku par un vendeur de plateforme d'IA.
  • Dans l'essai de METR, le temps est déclaré par les développeurs, qui enregistrent leur écran ; il n'est pas chronométré par un tiers.
  • Les chiffres de Faros comparent, pour chaque équipe, ses trimestres de plus faible et de plus forte adoption : ce n'est pas une évolution sur un an. Sa suite de septembre 2026, « The Speed Trap », regarde ce qui se passe quand une adoption déjà forte s'approfondit : les incidents par pull request n'y augmentent que de 14,5 %, mais les incidents mensuels de 125 % et les pull requests fusionnées sans relecture de 76 %.
  • Le retour de 39 % de DORA est un exemple de calcul construit sur des hypothèses : ses montants ne se transposent pas. Le rapport cite lui-même, hors de son modèle, un retour de 727 % sur trois ans chez des clients de Google Cloud, tiré d'une étude d'IDC financée par Google Cloud.
  • Nous avons retiré de ce carnet les chiffres français les plus repris sur la mesure de l'IA (34 % d'entreprises sans point de départ, 69 % sans plan de mesure, attribués à une étude sur 500 entreprises) : ils viennent du billet d'un organisme de formation qui cite une étude que nous n'avons pas retrouvée. Nous avons retiré aussi un retour « sain » de 2,5 à 3,5 fois, tiré du référentiel interne d'un éditeur, sans méthode publiée.
  • Les chiffres décrivent la situation de l'été 2026 et n'ont pas été actualisés.
En pratique

Cinq questions pour savoir si vous pouvez prouver l'impact de l'IA

C'est la grille que nous utilisons en mission pour situer une organisation sur la mesure de ses usages d'IA. Si une question reste sans réponse, le chantier commence là. Notre position reste la même que sur le reste de l'IA : tester, se faire une conviction, se planter vite s'il le faut, mais avancer. Mesurer sert à savoir où l'on va.

01

Avez-vous mesuré vos indicateurs avant de déployer l'IA ?

Quelques semaines de mesure de départ, datées, sur les indicateurs visés. Sans elles, il n'y a pas de démonstration possible, seulement des opinions.

02

Vos chiffres de gains sont-ils déclarés ou mesurés ?

Dans l'essai de METR, l'écart entre le ressenti et la mesure atteint 39 points. Un dossier bâti sur une enquête interne ne tiendra pas devant une direction financière.

03

Savez-vous quelle part de votre code est écrite par l'IA ?

Sans elle, la fréquence de déploiement et le délai de livraison ne se lisent plus. C'est le premier indicateur à installer.

04

Mesurez-vous la qualité en même temps que la vitesse ?

Durabilité du code à 14 ou 30 jours, temps de relecture, nombre d'incidents suivi à part du temps de rétablissement. Sans eux, on ne voit pas le travail se reporter sur la relecture et la production.

05

Votre dénominateur est-il complet, et qui décide quand un chiffre dérape ?

Licences, consommation, formation, administration, surcharge de relecture, et un responsable nommé par indicateur. Un calcul sur le seul prix des licences, sans personne pour agir, ne sert pas un arbitrage budgétaire.

Le paysage

L'outillage, couche par couche

Performance de livraison

Acteurs
DORA (cinq métriques), repères de l'enquête 2025
Ce qu'on en retient
Le cadre de comparaison du secteur, à compléter pour l'IA.

Modèle de retour

Acteurs
DORA et Google Cloud, ROI of AI-assisted Software Development (2026)
Ce qu'on en retient
Calcul d'exemple public, courbe en J, retour en 0,7 an sur ses hypothèses ; cosigné par le conseil de Google Cloud.

Expérience des développeurs

Acteurs
DX (indice DXI), cadre SPACE
Ce qu'on en retient
Complète DORA sur le vécu, la friction et la confiance dans les modifications.

Télémétrie de livraison

Acteurs
Faros AI et plateformes d'analyse de l'ingénierie
Ce qu'on en retient
Une mesure tirée des outils eux-mêmes, avec les limites d'un éditeur qui mesure ses clients.

Indicateurs propres à l'IA

Acteurs
Larridin (Developer AI Impact Framework), Oobeya
Ce qu'on en retient
Part de code écrite par l'IA, durabilité du code, débit pondéré, part du temps sur les nouveautés.

Preuve expérimentale

Acteurs
METR (essai randomisé), Cui et al. (essais en entreprise)
Ce qu'on en retient
Le contrepoids du déclaratif, à lire avec ses limites d'échantillon et de protocole.

Coût et dénominateur

Acteurs
Sondages de DX, FinOps Foundation
Ce qu'on en retient
1 000 dollars par développeur et par an pour les outils d'IA, cible de beaucoup des budgets 2026 sondés par DX.
Sources

Toutes les sources du carnet

Carnet écrit à partir de deux recherches, du 24 mai et du 31 juillet 2026. Pour cette édition, chaque chiffre, date et citation a été vérifié sur sa source d'origine : plus d'une vingtaine ont été corrigés ou réattribués, et une dizaine retirés, dont des chiffres français et un retour type sans source vérifiable. Le texte a ensuite été relu par des relecteurs contradicteurs, en deux tours. Les chiffres décrivent l'été 2026 et n'ont pas été actualisés. Édition du 17 octobre 2026.

Le cadre DORA

L'écart entre perçu et mesuré

Télémétrie et effets en aval

Faire évoluer les métriques

Retour sur investissement, budget et discipline de mesure

Envie de savoir ce que l'IA change vraiment dans vos équipes ?

On aide les équipes IT à poser une mesure de départ, à choisir une poignée d'indicateurs qui disent la vitesse et la qualité, et à relier le temps gagné à ce que reçoivent les utilisateurs. Parlons-en.