Avez-vous mesuré vos indicateurs avant de déployer l'IA ?
Quelques semaines de mesure de départ, datées, sur les indicateurs visés. Sans elles, il n'y a pas de démonstration possible, seulement des opinions.
C'est notre lecture : une large majorité de développeurs pense gagner du temps avec l'IA, mais les mesures rigoureuses donnent des résultats bien plus incertains, et ce qui s'accélère se paie souvent plus loin. Ce carnet rassemble les enquêtes, la télémétrie et l'essai contrôlé, ce que les métriques DORA ne voient plus, un modèle public de calcul du retour, et la façon de poser une mesure qui tienne.
Dans l'enquête DORA 2025, auprès de près de 5 000 professionnels, 90 % utilisent l'IA au travail et plus de 80 % pensent qu'elle les a rendus plus productifs.
Chez METR, seize développeurs expérimentés ont mis 19 % de temps en plus avec l'IA, alors qu'ils croyaient avoir gagné 20 %. Sa suite de 2026 trouve un gain, que METR juge lui-même peu fiable.
Une équipe qui a une bonne plateforme interne et des circuits de travail clairs convertit mieux ses gains, d'après l'enquête de DORA. Faros conteste : dans sa télémétrie, les organisations les plus solides en ingénierie voient la même baisse de qualité.
Dans la télémétrie de Faros, éditeur d'un outil de mesure, le temps de relecture d'une pull request augmente de 441 % à la médiane entre les trimestres de plus faible et de plus forte adoption de l'IA.
Chez les clients de DX, plus de la moitié du code est écrite par l'IA, et la part du temps consacrée aux fonctionnalités nouvelles ne bouge pas.
Le modèle de DORA et de Google Cloud aboutit à 39 % de retour la première année, en supposant 12,5 % de temps gagné : précisément ce qu'on sait mal mesurer.
Une mesure de départ datée, la part de code écrite par l'IA, quelques indicateurs de qualité, un coût complet au dénominateur et quelqu'un qui décide quand un chiffre dérape.
Une large majorité le pense : selon DORA, plus de 80 % des professionnels du logiciel pensent que l'IA les a rendus plus productifs. Les essais contrôlés divergent : 19 % de temps en plus chez METR, 26 % de pull requests en plus dans le plus grand essai mené en entreprise, avec de larges marges d'erreur.
La question n'est plus de savoir si les équipes IT se servent de l'IA. Le rapport DORA 2025, l'enquête annuelle de Google Cloud sur la performance des équipes logicielles, a interrogé près de 5 000 professionnels : 90 % utilisent l'IA au travail, contre environ 76 % un an plus tôt, et plus de 80 % pensent qu'elle a augmenté leur productivité. Reste à savoir ce que ces gains deviennent à l'échelle d'une DSI, et comment le montrer à un comité qui a déjà signé le budget.
Trois familles de preuves circulent, et elles ne disent pas la même chose :
Ce carnet les trie, parce que la crédibilité d'un dossier d'investissement se joue là. Il se lit avec notre carnet sur le coût de l'IA : celui-là traite de ce que l'IA coûte, celui-ci de ce qu'elle rapporte.
Pas forcément. Dans l'essai contrôlé de METR, des développeurs expérimentés ont mis 19 % de temps en plus avec l'IA, alors qu'ils croyaient avoir gagné 20 %. D'autres études trouvent des gains, sur des tâches artificielles ou en comptant le volume produit, les chiffres d'éditeurs divergent entre eux, et les développeurs eux-mêmes deviennent plus prudents.
L'étude qui a le plus déplacé le débat vient de METR, un laboratoire indépendant d'évaluation des modèles d'IA. Seize développeurs expérimentés de logiciels libres ont traité 246 tâches réelles sur des projets auxquels ils contribuaient depuis des années ; pour chaque tâche, l'IA était autorisée ou non par tirage au sort, et chacun déclarait son temps en enregistrant son écran. Avec l'IA, ils ont mis 19 % de temps en plus. Le papier complet est public.
METR pose lui-même les limites : un petit échantillon, des développeurs qui connaissent leur code par cœur et travaillent avec des exigences élevées, des modèles du début 2025. Sa suite de février 2026 (57 développeurs, plus de 800 tâches) trouve un temps réduit de 18 % pour les anciens participants et de 4 % pour les nouveaux, avec des marges d'erreur qui vont jusqu'au ralentissement.
METR juge ce nouveau signal peu fiable : 30 à 50 % des développeurs écartaient les tâches qu'ils ne voulaient pas faire sans IA, ce qui sous-estime probablement le gain. Il change donc de protocole.
D'autres études recensées par METR trouvent des gains de 21 à 65 % : elles portent sur des tâches artificielles, ou comptent le volume produit plutôt que le temps passé. Le plus grand essai contrôlé en entreprise, mené chez Microsoft, Accenture et un industriel du Fortune 100 sur 4 867 développeurs, trouve 26 % de pull requests en plus par semaine chez ceux qui se servent de l'outil (Copilot en complétion de code, 2022-2023), avec une forte marge d'erreur (Cui et al.).
Ce que nous en retenons : le ressenti des développeurs, même experts, ne suffit pas à mesurer un gain, et la mesure rigoureuse devient difficile à tenir quand une partie des développeurs ne veut plus travailler sans IA.
Les chiffres qui circulent mesurent souvent autre chose que ce qu'on leur fait dire :
Ces sources ne mesurent pas la même chose : une opinion, l'historique d'un dépôt de code, le temps passé sur une seule tâche. Elles se contredisent donc moins qu'il n'y paraît.
Les développeurs eux-mêmes deviennent plus prudents. Dans l'enquête 2025 de Stack Overflow (plus de 49 000 réponses), 60 % ont un avis favorable sur les outils d'IA, contre 72 % en 2024 ; 46 % se méfient de l'exactitude de leurs réponses, quand 33 % leur font confiance, et 66 % citent comme première frustration des solutions « presque justes, mais pas tout à fait ».

Notre lecture : l'IA accélère l'écriture du code, et le travail s'accumule plus loin, en relecture, en bugs, en incidents. DORA y voit un amplificateur de l'organisation qu'elle trouve ; Faros constate la même baisse de qualité chez les plus solides en ingénierie. Chez DX, la part du temps consacrée aux nouveautés ne bouge pas.
Le rapport DORA 2025 en propose une explication : l'IA est un amplificateur. Dans ses données, l'adoption de l'IA va de pair avec un débit de livraison plus élevé et à une meilleure performance des équipes et de l'organisation, mais aussi à plus d'instabilité. Le rapport distingue sept profils d'équipes, des équipes performantes et sereines à celles qui se débattent avec un vieux système. Selon DORA, une équipe qui a une plateforme interne de qualité et des circuits de travail clairs convertit mieux ses gains ; les autres accélèrent par endroits.
« Le meilleur retour ne vient pas des outils d'IA eux-mêmes, mais d'une attention stratégique portée à la qualité des plateformes internes, à la clarté des circuits de travail et à l'alignement des équipes. »
Le rapport consacre un chapitre au flux de valeur (le chemin d'une demande jusqu'à sa mise en service) : sans cette vue d'ensemble, l'accélération locale est absorbée par les goulots en aval. Steve Pereira, sur le site du Lean Enterprise Institute, en tire la même leçon. Ce sont des associations tirées d'une enquête : DORA ne mesure pas de cause.
Faros AI, éditeur d'un outil de mesure des équipes de développement, lit la télémétrie de ses clients. Son rapport 2025, sur plus de 10 000 développeurs et 1 255 équipes, trouvait que les équipes qui utilisent beaucoup l'IA terminent 21 % de tâches en plus et fusionnent 98 % de pull requests en plus, mais que le temps de relecture augmente de 91 %, et aucun effet mesurable au niveau de l'entreprise.
Son rapport d'avril 2026, intitulé « The Acceleration Whiplash » (le contrecoup de l'accélération), porte sur 22 000 développeurs et plus de 4 000 équipes. Il compare, pour chaque équipe, ses trimestres de plus faible et de plus forte adoption de l'IA :
Faros se présente comme un contrepoint direct à DORA : dans sa télémétrie, les organisations qui avaient de solides pratiques d'ingénierie avant l'IA subissent la même baisse de qualité que les autres. DORA s'appuie sur une enquête, Faros sur les données de ses clients ; le débat reste ouvert.
Ces chiffres reposent sur des corrélations, même si Faros les commente parfois comme des causes, et ses rapports de 2025 et de 2026 portent sur des échantillons différents. Notre lecture : le code s'écrit plus vite, et le travail se reporte sur la relecture. DORA notait déjà dans son rapport 2024 que 25 % d'adoption de l'IA en plus allaient de pair avec un débit de livraison estimé 1,5 % plus bas et une stabilité 7,2 % plus basse. En 2025, le lien avec le débit devient positif ; celui avec l'instabilité demeure.
Le rapport trimestriel de DX, éditeur d'une plateforme de mesure de l'expérience des développeurs (22 juillet 2026, plus de 500 organisations), va dans le même sens :
Le temps gagné existe peut-être, mais la part du temps consacrée aux nouveautés ne bouge pas. Notre lecture rejoint celle de DORA : sans travail sur le flux de valeur, la vitesse locale ne devient pas une performance de l'équipe.

Non. Elles restent le cadre commun, mais sans la part de code écrite par l'IA elles se lisent mal : la fréquence de déploiement peut monter sans que l'utilisateur reçoive rien de neuf, et un délai stable peut cacher une relecture qui s'allonge. Il faut leur ajouter quelques indicateurs.
Les métriques DORA mesurent la performance de livraison d'une équipe logicielle : la fréquence de déploiement, le délai entre une modification et sa mise en service, la part de mises en service qui échouent, le temps de rétablissement après un échec et, depuis 2024, la part de déploiements non planifiés faits pour corriger un problème en production (le Rework Rate).
Les réponses à l'enquête DORA 2025 donnent des repères :
DORA rappelle que la comparaison la plus utile reste celle d'un même service avec lui-même dans le temps. Rachel Stephens, de RedMonk, en propose une relecture critique : pour elle, la stabilité reste la métrique qui compte.
Selon Larridin, éditeur d'une plateforme de mesure de l'IA, ces métriques restent utiles mais se lisent mal sans une information de plus, la part de code écrite par l'IA :
Larridin propose d'ajouter aux métriques DORA quatre indicateurs, que nous reprenons dans cet ordre :
Nous y ajoutons deux indicateurs que les données de Faros rendent nécessaires : le temps médian de relecture des pull requests, qui détecte l'engorgement, et le nombre d'incidents suivi à part du temps de rétablissement, que Larridin recommande aussi. Oobeya, un autre éditeur, retient lui aussi la part de code écrite par l'IA.
Pour une DSI, nous recommandons un tableau de bord en trois blocs : les métriques DORA suivies dans le temps, avec les repères du secteur pour se situer, les indicateurs propres à l'IA, et un bloc valeur (coût unitaire de traitement, taux d'automatisation, satisfaction des équipes, retour cumulé). Cinq à sept indicateurs, revus chaque mois, avec un responsable nommé pour chacun.

En partant d'un modèle simple : au numérateur, le temps libéré, compté une seule fois, et les pannes évitées ou ajoutées ; au dénominateur, le coût complet. Le modèle public le plus détaillé que nous ayons trouvé, celui de DORA et de Google Cloud, aboutit à 39 % de retour la première année, en supposant 12,5 % de temps gagné.
Le rapport ROI of AI-assisted Software Development, publié en 2026 par l'équipe DORA et delta, la pratique de conseil de Google Cloud, et présenté par InfoQ le 11 mai 2026, propose un calcul d'exemple. Ses auteurs le présentent comme une estimation très incertaine, faite pour lancer la discussion.
Pour une organisation de 500 personnes du cycle logiciel, à 176 000 dollars de coût complet par personne et par an :
Deux enseignements de méthode valent plus que ces montants, qu'il ne faut pas transposer. Le premier est la courbe en J : la productivité baisse avant de monter, le temps que les équipes apprennent l'outil, apprennent à vérifier le code généré et adaptent leurs processus. Une DSI qui mesure à trois mois et coupe le budget mesure le creux. Le second : dans ce modèle, presque toute la valeur repose sur le temps gagné supposé, précisément ce que METR montre difficile à mesurer.
Pour le calcul, nous gardons une structure simple :
Pour situer le dénominateur : dans un sondage de DX auprès de 50 responsables budget (octobre 2025), 1 000 dollars par développeur et par an revenait comme cible pour 2026 dans beaucoup d'entreprises ; dans un autre sondage cité par DX, auprès de 275 responsables techniques, un sur dix dépensait déjà davantage en 2025. Le modèle de DORA rappelle que la formation peut peser bien plus lourd que les licences.
En France, Deloitte trouve que 18 % des entreprises constatent déjà un retour sur investissement de l'IA générative (enquête de 2025 auprès de 1 854 dirigeants d'Europe et du Moyen-Orient, dont 249 en France). La plupart des répondants comptent deux à quatre ans pour qu'un cas d'usage rapporte, quand on attend d'habitude sept à douze mois d'une technologie.
En posant la mesure avant de déployer : un point de départ daté, quelques indicateurs suivis, quelqu'un qui décide quand ils dérapent. C'est notre recommandation, car aucune étude solide ne compare les organisations qui y parviennent aux autres. La pression, elle, monte, selon des DSI sondés pour un vendeur de plateforme d'IA.
La pression vient des directions financières et des conseils d'administration. Dans un sondage de Dataiku avec Harris Poll auprès de 600 DSI dans le monde, 98 % disent que la pression de leur conseil d'administration pour démontrer un retour mesurable de l'IA a augmenté depuis 2024, et moins de quatre sur dix savent relier la moitié ou plus de leurs projets d'IA à des économies ou à des revenus mesurables. Dataiku vend une plateforme d'IA.
Dans un sondage de YouGov pour DataCamp, un vendeur de formation, auprès de plus de 500 dirigeants américains et britanniques, 21 % font état d'un retour significatif de l'IA, et 42 % quand leur organisation a un programme mature de montée en compétences. C'est une corrélation déclarée, qui ne prouve aucune cause. L'étude mondiale de Deloitte (3 235 dirigeants) voit aussi le manque de compétences comme le premier frein à l'intégration de l'IA.
Croisés avec la thèse de DORA (l'IA amplifie l'existant) et avec la courbe en J (le creux d'apprentissage se paie de toute façon), ces signaux vont dans le même sens. Nous en tirons que la formation se budgète avec l'outil, dès le départ.
Ils se repèrent avant le déploiement :
Notre pari : pour l'exercice budgétaire 2027, les DSI les mieux placées auront une mesure de départ datée, cinq à sept indicateurs suivis, un coût complet au dénominateur, et l'honnêteté de dire ce qu'elles ne savent pas encore mesurer.
Ce que l'IA rapporte vraiment à une organisation entière, mesuré de façon indépendante ; ce que donne la mesure rigoureuse avec les outils de 2026 ; où passe le temps gagné ; et presque tout ce qui concerne la France.
Distinguer l'enquête, la télémétrie d'éditeur et l'essai contrôlé, dater chaque chiffre, et ne pas lire deux rapports d'un même éditeur comme une tendance d'une année sur l'autre.
C'est la grille que nous utilisons en mission pour situer une organisation sur la mesure de ses usages d'IA. Si une question reste sans réponse, le chantier commence là. Notre position reste la même que sur le reste de l'IA : tester, se faire une conviction, se planter vite s'il le faut, mais avancer. Mesurer sert à savoir où l'on va.
Quelques semaines de mesure de départ, datées, sur les indicateurs visés. Sans elles, il n'y a pas de démonstration possible, seulement des opinions.
Dans l'essai de METR, l'écart entre le ressenti et la mesure atteint 39 points. Un dossier bâti sur une enquête interne ne tiendra pas devant une direction financière.
Sans elle, la fréquence de déploiement et le délai de livraison ne se lisent plus. C'est le premier indicateur à installer.
Durabilité du code à 14 ou 30 jours, temps de relecture, nombre d'incidents suivi à part du temps de rétablissement. Sans eux, on ne voit pas le travail se reporter sur la relecture et la production.
Licences, consommation, formation, administration, surcharge de relecture, et un responsable nommé par indicateur. Un calcul sur le seul prix des licences, sans personne pour agir, ne sert pas un arbitrage budgétaire.
| Couche | Acteurs | Ce qu'on en retient |
|---|---|---|
| Performance de livraison | DORA (cinq métriques), repères de l'enquête 2025 | Le cadre de comparaison du secteur, à compléter pour l'IA. |
| Modèle de retour | DORA et Google Cloud, ROI of AI-assisted Software Development (2026) | Calcul d'exemple public, courbe en J, retour en 0,7 an sur ses hypothèses ; cosigné par le conseil de Google Cloud. |
| Expérience des développeurs | DX (indice DXI), cadre SPACE | Complète DORA sur le vécu, la friction et la confiance dans les modifications. |
| Télémétrie de livraison | Faros AI et plateformes d'analyse de l'ingénierie | Une mesure tirée des outils eux-mêmes, avec les limites d'un éditeur qui mesure ses clients. |
| Indicateurs propres à l'IA | Larridin (Developer AI Impact Framework), Oobeya | Part de code écrite par l'IA, durabilité du code, débit pondéré, part du temps sur les nouveautés. |
| Preuve expérimentale | METR (essai randomisé), Cui et al. (essais en entreprise) | Le contrepoids du déclaratif, à lire avec ses limites d'échantillon et de protocole. |
| Coût et dénominateur | Sondages de DX, FinOps Foundation | 1 000 dollars par développeur et par an pour les outils d'IA, cible de beaucoup des budgets 2026 sondés par DX. |
Carnet écrit à partir de deux recherches, du 24 mai et du 31 juillet 2026. Pour cette édition, chaque chiffre, date et citation a été vérifié sur sa source d'origine : plus d'une vingtaine ont été corrigés ou réattribués, et une dizaine retirés, dont des chiffres français et un retour type sans source vérifiable. Le texte a ensuite été relu par des relecteurs contradicteurs, en deux tours. Les chiffres décrivent l'été 2026 et n'ont pas été actualisés. Édition du 17 octobre 2026.
On aide les équipes IT à poser une mesure de départ, à choisir une poignée d'indicateurs qui disent la vitesse et la qualité, et à relier le temps gagné à ce que reçoivent les utilisateurs. Parlons-en.